Paroles Tu vas devenir bĂȘte Ă force de traĂźner en bas de chez toi My man On baise aussi les petites, on baise pas que des lois Baise les, baise les, baise les, baise les Baise les, baise les, baise les, baise les My man Joky est au-dessus, Joky est on fire OyĂ© Sapapaya Kiff les tass' en survet', kiff les tass' en tailleur Sur la chatte Ă Zahia Les pipes c'est comme les chemises j'les
Elle Ă©tait tellement dĂ©gueulasse cette baraque, que lorsque jâen sortais, une odeur de friture et de graisse entourait mes cheveux et mes fringues. En plus, depuis que le pĂšre restreignait le shampoing Ă la maison, on avait les cheveux gras, la plupart du temps, filasses et mal peignĂ©s, ma petite sĆur et moi. Ma petite sĆur avait tout juste cinq ans, des cheveux tout blonds, et des yeux bleus toujours grands ouverts qui dĂ©voraient tout ce qui lâentourait. Malheureusement pour elle, yâavait pas grand-chose autour dâelle, Ă part cette baraque crade, les murs noircis de traces de main, le sol mal lavĂ© et la vaisselle amoncelĂ©e dans lâĂ©vier. CâĂ©tait moi qui faisais la plupart des trucs mais lâĂ©cole me prenait pas mal de temps aussi. Une fois, le pĂšre, en colĂšre, avait gueulĂ© quâil mâenlĂšverait du lycĂ©e dĂšs que jâaurais seize ans ; jâavais eu drĂŽlement peur ce jour-lĂ , mĂȘme que je mâĂ©tais pas endormie avant une heure du matin, Ă imaginer comment serait ma vie si jâavais plus le lycĂ©e. La plupart du temps, il me foutait la paix, le pĂšre, toujours avachi devant la tĂ©lĂ©, devant ses conneries. Je me suis demandĂ©e sâil se levait la journĂ©e, quand jâĂ©tais pas lĂ , parce quâil Ă©tait exactement dans la mĂȘme position quand je partais et que je rentrais ; yâavait mĂȘme une aurĂ©ole noire de sa transpiration autour du canapĂ©. Heureusement, que jâallais jamais Ă cĂŽtĂ© de lui, jâaurais vomi autrement. Il travaillait pas, parce quâil touchait une pension pour incapacitĂ© de travail », depuis que ma mĂšre sâĂ©tait barrĂ©e. Ma mĂšre Ă©tait trĂšs belle, je mâen souvenais bien, trĂšs libre aussi, je sais pas ce quâelle avait pu trouver au pĂšre, mais peut-ĂȘtre quâil nâavait pas toujours Ă©tĂ© comme ça, avec un gros ventre et moite de crasse. Elle mâavait eue, et dix ans aprĂšs, ma petite sĆur Ă©tait arrivĂ©e ; câest lĂ que les choses sâĂ©taient gĂątĂ©es la petite famille idĂ©ale avait volĂ© en Ă©clats. Il avait commencĂ© Ă boire et elle sâĂ©tait faite chier dans son rĂŽle de mĂšre au foyer et de prostituĂ©e conjugale, câĂ©tait ses mots, que jâavais entendus dans une dispute. Elle sâĂ©tait tirĂ©e une nuit, pour pas quâon la voit, et quâon soit tristes, ma sĆur et moi, sans bruit, en laissant une lettre dans ma chambre que jâai lue au matin et qui disait quâelle partait seule, le temps de se trouver une nouvelle vie et que lorsquâelle serait installĂ©e et tout, elle reviendrait nous chercher. Le pĂšre avait lu la lettre le matin suivant, et avait hurlĂ© en la dĂ©chirant. Jâavais pleurĂ© mais il sâen foutait le pĂšre, rien Ă foutre de voir ses filles pleurer. Il avait dĂ©raillĂ© de plus en plus, oubliant dâaller au travail, parlant tout seul, riant et pleurant tour Ă tour. La tĂ©lĂ© avait Ă©tĂ© son meilleur ami et il nâavait mĂȘme pas rĂ©agi lorsquâil avait reçu une lettre du travail qui le virait. Il sâen foutait de tout, maintenant. Je crois quâil en avait marre de nous, surtout de moi et quâil devait nous en vouloir comme si câĂ©tait nous qui avions fait partir sa femme. Le pĂšre mâavait dit un jour Tu vas au lycĂ©e tous les jours et en rentrant tu mâamĂšnes un pack de six biĂšres, si tu fais ça, tout ira bien pour toi ». Alors je faisais ça ; au dĂ©but jâavais eu peur que Doris, la caissiĂšre, croit que jâĂ©tais alcoolique mais elle voyait bien que câĂ©tait pas pour moi et puis dans les petits villages, tout se sait ; tout le monde savait que le pĂšre perdait pied et sâenfonçait dans lâalcool et la dĂ©pression. Quelquefois, elle me filait des trucs en douce, du shampoing, du savon, mais jâavais du mal Ă trouver des cachettes dignes de ce nom car le pĂšre, rĂŽdait dans la maison, fouillait dans notre chambre et piquait ce quâil trouvait, juste pour nous faire chier. Souvent, il se mettait Ă gueuler pour rien, alors je fermais les yeux, je bouchais les oreilles de ma petite sĆur et jâattendais que ça passe. CâĂ©tait une vraie entreprise de tout laver parce quâil passait derriĂšre moi et remettait autant de merde quâavant mon nettoyage. Il faisait rien, le pĂšre, ni la bouffe, ni le mĂ©nage, ni le lit mais par contre, il gĂ©rait son argent, tout seul, tout entier. Chaque dĂ©but de mois, il mettait de cĂŽtĂ© lâargent dont il aurait besoin pour la biĂšre un pack de six biĂšres tous les jours de la semaine et deux packs chaque jour du week-end. Une fois, jâavais dit que depuis quâil travaillait plus, les week-ends ça nâexistait plus mais il mâavait foutu une gifle. Jâavais donc appris quelque chose avec mon pĂšre vivre comme sâil nâexistait pas. Il me laissait tranquille, sauf pour lâargent, oĂč câĂ©tait pas facile parce quâil gagnait peu et quâon avait besoin de manger moi et ma petite sĆur. CâĂ©tait pour elle que je mâinquiĂ©tais le plus. Le pĂšre avait dĂ©cidĂ© quâelle nâirait Ă lâĂ©cole quâĂ six ans et jâaimais pas la lui laisser toute la journĂ©e. Mais quand il avait pris une dĂ©cision le pĂšre, je pouvais rien dire ou faire pour quâil change dâavis. Câest pour ça que je me dĂ©pĂȘchais de rentrer chez moi pour mâen occuper, la laver, la changer, et la sortir. CâĂ©tait arrivĂ© que je trouve le pĂšre dans sa torpeur post-biĂšre et ma petite sĆur en train de jouer avec les couteaux qui trainaient ou toute nue dans la baignoire ; un soir, elle pleurait tellement quâil mâavait dit Sors la gamine ou je vais la cogner ». JâĂ©tais sortie au grand air avec elle et lâavait bercĂ©e pendant plusieurs heures. Elle rĂ©pĂ©tait Maman, maman, maman » en boucle et je lui avais dit Maman va revenir, je te le promets, mais il ne faut pas parler de maman devant papa, il nâaime pas ça ». Elle ne comprenait pas tout, ma petite sĆur. Jâaimais pas quâil lâappelle la gamine, comme si elle Ă©tait une vulgaire poupĂ©e. Je me souvenais quâil lâavait battue une fois la seule jâespĂ©rais, lĂ jâavais perdu tout mon calme, jâĂ©tais allĂ©e le voir et je lui avais dit que je le tuerai sâil retouchait Ă ma petite sĆur. Il avait Ă©clatĂ© de rire, ce salaud et mâavait giflĂ©e Tu crois que tu peux me faire du mal» ? et il Ă©tait allĂ©e aux toilettes, dont il laissait toujours la porte ouverte comme pour montrer quâil Ă©tait chez lui et quâil faisait ce quâil voulait. Il se lavait jamais le pĂšre et il puait vraiment; jâavais peur que ma petite sĆur lui dise un jour, dans son innocence dâenfant, mais le pĂšre nâaimait pas entendre des vĂ©ritĂ©s et jâavais peur quâil se retienne pas de lui foutre une beigne. Dans ma tĂȘte, je lâappelais le salaud mais je pouvais pas le dire Ă ma petite sĆur sinon elle le rĂ©pĂšterait sans faire attention et lĂ , ce seraient les coups qui pleuvraient. Quand ma mĂšre Ă©tait partie, jâavais surveillĂ© le courrier avec attention jusquâĂ ce que je mâaperçoive que le pĂšre lâinterceptait et le foutait Ă la poubelle sans mĂȘme le regarder ; jâĂ©tais allĂ©e voir le facteur et lui avait demandĂ© de laisser le courrier dans un autre endroit parce que le pĂšre ne voulait pas le lire ; comme tout le monde au village, le facteur savait que le pĂšre dĂ©raillait, il avait donc acceptĂ© ; jour aprĂšs jour, jâattendais quâelle mâĂ©crive, quâelle nous Ă©crive et quâelle vienne nous chercher. Jâattendais mais je savais que ça en valait la peine car elle allait revenir ; ça ne pouvait pas durer, toute cette merde, ça ne pouvait pas durer Ă©ternellement. Et si elle ne venait pas parce quâelle avait des empĂȘchements, dĂšs que je serai grande, je partirai avec ma petite sĆur, la retrouver. Ce lundi aprĂšs-midi, en rentrant du lycĂ©e, jâai dĂ©couvert une nouvelle lubie de mon pĂšre ; il pionçait, comme dâhabitude, devant la tĂ©lĂ©, comme un gros porc gavĂ© pendant que ma petite sĆur jouait sur le canapĂ©, Ă moitiĂ© sur ses genoux. Je lâai prise dĂ©licatement dans mes bras et lâai amenĂ© dans la salle de bains pour la laver, quotidiennement. Ne reste pas sur le canapĂ© quand yâa papa, va plutĂŽt jouer par terre, je lui ai dit. - Pourquoi ? - Câest mieux, ma chĂ©rie » Pendant que je frottais sa petite peau dĂ©licate, elle mâa dit Salope, tâes une salope » Jâai Ă©tĂ© tellement surprise que jâai reculĂ© un instant ; sa petite voix dâenfant Ă©tait si pure et si nette et ses grands yeux bleus tellement sincĂšres que jâai eu du mal Ă croire quâelle avait vraiment dit ça. Et puis jâai eu un doute. Tu as fait quoi avec papa ? - TĂ©lĂ©. - Tu as regardĂ© quoi ? - Des gens qui disent des gros mots. » Jâai pas pu y croire, au dĂ©but, suis allĂ©e rĂ©veiller le pĂšre. Il a marmonnĂ© dans un demi-sommeil et sâest redressĂ©. Son ventre a rebondi Ă cause de la graisse accumulĂ©e. Tu regardes des films pornos avec elle ? - Et alors, faudra bien quâelle sache un jour ou lâautre comment ça se passe. Jâai eu envie de gerber sur lui, je sais pas trop pourquoi, soit parce quâil puait, soit parce que ce quâil disait me foutait en lâair. Je nâai rien dit, je nâai rien pu dire. Je suis allĂ©e dans la salle de bain, ma petite sĆur jouait avec son canard dans le bain. Lave-la bien, il a gueulĂ© le pĂšre, elle puait aujourdâhui ! » Ma petite sĆur mâa souri et mâa dit Pute, pute, pute... - Il ne faut pas dire ces mots, ce sont des mauvais mots, des mots interdits. - Comme maman » ? - Oui, jâai dit tristement. Elle nâa rien dit mais je savais quâelle nâavait pas compris. Le lendemain aprĂšs-midi, je suis rentrĂ©e et mon pĂšre Ă©tait en train de regarder un porno avec ma petite sĆur qui suçait sa sucette. Il avait sa main dans le pantalon et se tripotait. Je le voyais bander. Jâai commencĂ© Ă pleurer de rage. Quâest-ce tâas encore Ă chialer ? Si tâes pas bien, ici, tâas quâĂ te casser. - Oui, je partirai, un jour, je te le promets. Avec elle. » Il a posĂ© une main sur le genou de ma petite sĆur et a dit en riant grassement Ah non, je garde la gamine, je lâaime bien, elle ». Ma petite sĆur a rigolĂ© aussi. Le pĂšre a attrapĂ© sa cinquiĂšme biĂšre et a rotĂ©. Ma petite sĆur a encore ri. Je suis allĂ©e vers le canapĂ© pour la prendre dans mes bras, pour le bain quotidien, mais il a dit Laisse-la moi, on a pas encore fini de regarder le film ». Jâai jetĂ© un coup dâĆil Ă la tĂ©lĂ©. Deux hommes pĂ©nĂ©traient une femme en criant violemment. Jâai regardĂ© le pĂšre et jâai vu une lueur de provocation dans ses yeux. Il avait trouvĂ© un moyen de me faire chier ma petite sĆur. Jâai rien dit, je sentais que je me serais prise une rouste, je suis allĂ©e dehors, prendre lâair, jâai marchĂ© autour de la maison en guettant un bruit de moteur, une voiture, quelquâun qui saurait lâenfer que je vivais ici et qui nous enlĂšverait du salaud. Mais yâavait personne. Jâai marchĂ© un peu plus loin sur le chemin, je pensais Ă ma petite sĆur devant des films pornos, toutes les images quâelle garderait en elle, tous les mots quâelle saurait et quâelle ne devait pas connaĂźtre, et jâai eu encore envie de pleurer. Jâallais rentrer pour voir oĂč ça en Ă©tait quand jâai entendu un petit bruit. Je me suis approchĂ©e et jâai soulevĂ© un tas de planches qui faisaient office de banc pour le pĂšre, Ă lâĂ©poque oĂč il sortait dehors et oĂč il travaillait. Yâavait un lapereau qui glapissait et tremblait. Je lâai pris dans mes bras et je lâai aimĂ© tout de suite. On dit que câest dans le dĂ©sespoir le plus profond quâapparaissent quelques lueurs dâespoirs. Je suis rentrĂ©e dans la maison et je lâai montrĂ© au pĂšre et Ă ma petite sĆur Regardez ce que jâai trouvĂ©. - Fous-moi cette connerie dehors, il a marmonnĂ© le pĂšre. Je lâai regardĂ© dans les yeux et jâai dit Non, ça tu me le laisses. Il mâa regardĂ© aussi, surpris que je lui tienne tĂȘte ; mais il a dĂ» sentir que câĂ©tait le compromis pour que je supporte le reste. Ma petite sĆur est descendue du canapĂ©, intriguĂ©e par ce nouvel arrivant ; mon pĂšre sâen est foutu, a retournĂ© sa tĂȘte vers lâĂ©cran oĂč les deux mecs avaient Ă©tĂ© rejoints par deux autres gars et sâacharnaient sur cette pauvre fille qui faisait semblant dâadorer ça ; il a pas fait gaffe au dĂ©part de ma petite sĆur. Jâavais gagnĂ©. On est allĂ©es dans la cuisine, on a donnĂ© du lait au lapereau. Il miaule, a dit ma petite sĆur. - Un lapin ne miaule pas, il glapit, tu sais. Jâai ri, elle a ri aussi. CâĂ©tait bien durant quelques secondes. Le pĂšre, plus loin, a toussĂ©. Sâil pouvait nous foutre la paix de cette façon tous les jours, ce serait une sorte de paradis. Le soir, ma petite sĆur nâarrivait pas Ă dormir Ă cause du lapin qui faisait du bruit. Elle avait peur quâil lui ronge les pieds parce quâelle avait Ă©tĂ© surprise de lâardeur avec laquelle il avait rognĂ© la carotte quâon lui avait offerte. Je lui ai racontĂ© une histoire sur un gentil lapin, ça lâa calmĂ©e mais elle gardait ses yeux grands ouverts. Jâavais mal au cĆur de la voir comme ça, dans un autre monde que celui qui aurait dĂ» ĂȘtre le sien, lâĂ©cole, une maman, etc. Le temps oĂč jâĂ©tais Ă la maison, jâessayais de lui montrer dehors, de lui raconter des histoires et tout mais je sentais bien que câĂ©tait pas suffisant pour son cerveau de petite fille. Puis entre le lycĂ©e et le mĂ©nage, jâavais pas trop de temps pour elle. Comme elle sâendormait pas et quâil commençait Ă ĂȘtre tard, je lui ai montrĂ© quelque chose, un secret ; jâavais dĂ©cidĂ© de pas lui montrer encore, parce quâelle Ă©tait jeune et surtout parce quâelle pouvait le rĂ©pĂ©ter au pĂšre. Une photo dâelle, de notre mĂšre que jâavais rĂ©ussie Ă conserver de lâaccĂšs de fureur du pĂšre qui avait tout brĂ»lĂ©. Câest qui ?, elle a demandĂ©. Jâai eu envie de pleurer. Câest maman. » Elle a regardĂ© longtemps et je lui ai dit Mets la sous ton oreiller, comme ça maman sera avec toi et tu pourras dormir ». Je sais pas si elle mâa crue mais en tout cas, quelques minutes plus tard, elle dormait Ă poings fermĂ©s. Le lendemain, câĂ©tait mercredi et jâavais pas cours au lycĂ©e. On est sorties promener le lapin », je lui ai montrĂ© des fleurs, des animaux, je lui ai racontĂ© deux histoires. LâaprĂšs-midi, elle a fait la sieste pendant que je faisais mes devoirs et le soir, elle mâa aidĂ© Ă faire le mĂ©nage. JâĂ©tais contente parce quâelle a pas dit un seul gros mot jâespĂ©rais en secret que son cerveau avait oubliĂ© les films. Le pĂšre a larvĂ© devant la tĂ©lĂ© avec son pack de biĂšre, il a pas gueulĂ©, il a rien dit. Le jeudi, jâai Ă©tĂ© angoissĂ©e toute la journĂ©e, jâavais peur quâil foute le lapin dehors. Je suis rentrĂ©e en vitesse, et dans la hĂąte, jâai cassĂ© une bouteille de biĂšre qui sâest Ă©clatĂ©e. DĂ©couvrir quây avait que cinq bouteilles, ça lâa foutu hors de lui, il a sorti un billet de cinq dollars et mâa dit Tây retournes, dĂ©pĂȘche-toi. Jâavais eu le temps de voir que le lapereau Ă©tait toujours vivant et dans notre chambre. Il avait rongĂ© le bas de notre couverture qui traĂźnait par terre mais il Ă©tait vivant. JâĂ©tais tellement contente que jâai presque eu envie de dire merci au pĂšre, mais jâai rien dit bien sĂ»r. Jâai attrapĂ© ma petite sĆur au vol et on sâest tirĂ©es Ă lâĂ©picerie pour racheter un pack de six biĂšres. La caissiĂšre nous a regardĂ©es avec un air rĂ©signĂ© et jâai eu honte parce que ma petite sĆur assistait Ă tout ça. Le pĂšre sâest envoyĂ© six biĂšres coup sur coup et il a gardĂ© les cinq autres pour le lendemain. Il Ă©tait tellement dans le coltard quâil sâest mĂȘme pas bougĂ© pour nous rejoindre Ă table. Comme il dormait sur le canapĂ©, sa chaise Ă©tait libre et jâai dĂ©cidĂ© que le lapin viendrait avec nous. On a mangĂ© tous les trois, câĂ©tait super, ma sĆur nâa pas dit de gros mots et le lapin nous a bien fait rire. Le lendemain, vendredi aprĂšs-midi, quand je suis rentrĂ©e, le pĂšre Ă©tait debout, Ă©nervĂ©. Il Ă©tait Ă demi-bourrĂ©, comme dâhabitude ; la tĂ©lĂ© Ă©tait Ă©teinte, jâai eu peur tout de suite. Jâai pensĂ© Ă ma petite sĆur mais je lâai aperçue sur une chaise en train de dessiner ; jâai pensĂ© au lapereau mais jâai fini par lâentendre glapir. Jâai un problĂšme dâargent, a dit le pĂšre. Jâai plus assez pour la biĂšre, pendant trois jours. Comment je vais faire, putain ? - Je sais pas, jâai dit laconiquement et Ă vrai dire je mâen foutais. - Câest ce foutu lapin ; depuis quâil est lĂ , il bouffe tout. Je vais chercher le fusil un de ces quatre, tu vas voir ! - Tu nâas pas intĂ©rĂȘt, jâai dit. Pas le lapin. Ma petite sĆur a compris car elle a dit Veux que le lapin reste, bordel » ! Je lâai regardĂ©e. Encore un nouveau gros mot. Elle mâa souri et sâest concentrĂ©e sur sa feuille. Je mâen branle, il a dit, le pĂšre, mais tu trouves une solution sinon, câest le lapin qui y passe. » Je lâai haĂŻ violemment mais jâai vite cherchĂ© une solution dans ma tĂȘte. Je me suis rappelĂ©e que jâavais un bijou de valeur alors je lui ai dit quâon pourrait le vendre ; il sâest affalĂ© sur le canapĂ© en grognant et a dit Tu te dĂ©merdes, mais je veux mes biĂšres ». Alors je me suis dĂ©merdĂ©e, je suis allĂ©e Ă lâĂ©picerie, jâai expliquĂ© le problĂšme Ă la caissiĂšre, Doris, comme quoi le pĂšre voulait ses biĂšres de toute urgence, que jâavais pas encore lâargent mais que je pourrais lâavoir vite, dĂšs le lendemain, parce que jâallais vendre un bijou de valeur. Elle a eu tellement pitiĂ© de moi quâelle a sorti un billet et quâelle a payĂ© les biĂšres Ă ma place. JâĂ©tais Ă la fois contente quâelle soit si gentille, mais triste de faire autant de la peine aux gens. Jâen voulais au pĂšre pour cette vie. Il Ă©tait tellement content de voir ses biĂšres arriver quâil nous a foutus la paix et quâon a pu manger tranquillement, tous les trois avec le lapin. JâĂ©tais presque heureuse, parce que jâavais encore mon bijou, celui que maman mâavait offert, et parce que ma petite sĆur avait lâair de vraiment bien aimer le lapin et je me disais que ça rĂ©parait un peu son manque dâaffection. Les jours sont passĂ©s, les semaines aussi, le lapin grandissait. Je commençais Ă ĂȘtre contente que mon pĂšre se bourre la gueule le soir, comme ça on mangeait de plus en plus souvent sans lui, avec notre lapin. Il nous faisait bien rigoler avec sa façon de tout ronger et grignoter. Je me suis mise Ă vraiment lâaimer aussi, ce lapin. Un vendredi, je suis allĂ©e chercher ma petite sĆur et le lapin et on est sortis chercher le courrier dans lâendroit secret quâon avait convenu avec le facteur ; yâavait des publicitĂ©s et une lettre cachetĂ©e dâune ville que je connaissais pas, qui devait ĂȘtre loin sans doute, avec un timbre spĂ©cial, trĂšs joli. Mon cĆur a battu super vite, je savais ce que câĂ©tait. CâĂ©tait elle. Notre mĂšre Mes chĂ©ries, Doris La caissiĂšre de lâĂ©picerie, Ă qui jâavais laissĂ© mon adresse, mâa Ă©crit pour me raconter dans quelle misĂšre je vous ai laissĂ©es. JâespĂšre que vous me pardonnerez un jour. A bientĂŽt Maman. Jâai Ă©tĂ© tellement heureuse que jâai criĂ© et que jâai prise ma petite sĆur dans les bras. Elle ne comprenait pas mais elle sentait ma joie mais elle sentait que jâĂ©tais heureuse alors elle a souri, par mimĂ©tisme. MĂȘme le lapin semblait glapir de joie. Je ne pouvais pas lui expliquer car elle risquait de le rĂ©pĂ©ter au pĂšre et je ne voulais prendre aucun risque qui pourrait compromettre cette Ă©vasion. Jâai mis la lettre dans ma poche et on est rentrĂ©es. Le lendemain, samedi, jâavais la journĂ©e de libre ; aprĂšs avoir tentĂ© de nettoyer la maison, je suis sortie. Ma sĆur dormait. Mes cheveux sentaient lâhuile, tout comme les habits. Je nâarrivais pas Ă enlever cette puanteur de moi, elle Ă©tait incrustĂ©e dans les murs de ma maison. Je suis revenue Ă la maison et jâai tout de suite sentie que quelque chose nâallait pas. Mon pĂšre matait un film porno, ma sĆur Ă©tait Ă cĂŽtĂ© de lui, toute nue. Il avait une main dans son jogging dĂ©gueulasse et lâautre sur elle ; jâaimais pas ça quâil sâexcite Ă cĂŽtĂ© dâelle, jâavais peur quâil finisse par... avec lui, on Ă©tait jamais sĂ»r de rien. Il mâa pas regardĂ©e et il a continuĂ© sa petite affaire. Je suis allĂ©e dans la chambre et jâai pas vu le lapin. Il est oĂč le lapin ? jâai fait. Il mâa pas regardĂ©e, ni rĂ©pondu. Il est oĂč le lapin ? », jâai rĂ©pĂ©tĂ©. Il a pas rĂ©pondu, ce vieux salaud. Jâai commencĂ© Ă fouiller partout, dans toutes les piĂšces, rien, ni dans la poubelle. Je suis allĂ©e dehors, jâai fait le tour de la maison mais aucune trace de notre lapin. Je suis rentrĂ©e, ma sĆur Ă©tait toute seule sur le canapĂ©. Il est oĂč, lâautre ?, jâai demandĂ© Ă ma petite sĆur. - Toilettes ». JâĂ©tais Ă©cĆurĂ©e dâĂȘtre obligĂ©e de savoir ça et surtout que ce soit ma petite sĆur de cinq ans qui me le dise. Jâimaginais le pĂšre en train de se masturber dans les Mais je devais au moins me rĂ©jouir quâil ne se finisse pas devant elle. Il est sorti quelques minutes plus tard et avant que jâai le temps de dire quoi que ce soit, ma petite sĆur a demandĂ© Est oĂč, lapin ? - Jâai tuĂ© cette vermine avant quâil envahisse toute la maison. Jâai jetĂ© sa carcasse pourrie vers la boĂźte aux lettres ». Jâai criĂ©, je sais pas pourquoi, je me suis mise Ă hurler, encore plus fort que lui. Ma petite sĆur a fait comme moi. Il lâa cognĂ©e et sâest approchĂ©e de moi pour faire la mĂȘme chose. Je suis sortie avant quâil ait le temps de me toucher. Jâai couru jusquâĂ lâemplacement dont il avait parlĂ©. Jâai vu notre petit lapereau, maculĂ© de sang, la gorge tranchĂ©e, couchĂ© dans lâherbe comme sâil dormait. Je me suis allongĂ©e Ă cĂŽtĂ© de lui. Je pleurais tellement que jâavais des hoquets. Jâai pensĂ© Ă ma mĂšre, que je perdais encore une fois, Ă ce vulgaire bientĂŽt quâelle nous avait laissĂ© dans la lettre â est-ce quâon mĂ©ritait pas mieux ?- et qui se noyait dans le sang du lapin et jâai pensĂ© Ă ma sĆur, qui venait dâĂȘtre frappĂ©e. Jâai attendu longtemps, trĂšs longtemps et jâai enterrĂ© le lapin dans la terre. Je suis revenue Ă la maison, pour ma petite sĆur. Elle hurlait et il marchait de long en large. Putain, calme la gamine, sinon je sais pas ce que je vais faire... » Il se passait les mains sur le visage comme sâil se contrĂŽlait pas. Elles tremblaient misĂ©rablement. Jâai pris ma sĆur dans les bras, on est allĂ©es dehors. Jâai attendu quâelle se calme. Je lâai assise dans lâherbe ; le soleil commençait Ă descendre. Jâai dit Ă ma petite sĆur Tu te souviens lâĂ©picerie oĂč on va souvent ? Elle a hochĂ© la tĂȘte. Et bien tu vas y aller toute seule. Elle a dit non de la tĂȘte. Je lâai prise dans mes bras. Comme une grande, une grande fille. Tu es une grande fille, hein ? Elle aimait bien ĂȘtre une grande fille. Tu vas y aller et tu vas parler Ă Doris, tu sais la caissiĂšre. Tu lui dis quâelle vienne vite ici. - Dâaccord. - Allez vas-y. » Elle sâest mise en route ; de temps en temps, elle sâarrĂȘtait et se retournait pour me regarder ; je ne bougeais pas et lâencourageais. Quand elle a Ă©tĂ© hors de vue, je suis allĂ©e dans la grange de notre voisin. Puis je suis retournĂ©e dans la maison. Il mâa pas regardĂ©, il se foutait bien de savoir ce que je faisais. Jâai dit Eteins la tĂ©lĂ©, salaud. Il a sursautĂ© de mâentendre parler comme ça mais il mâa pas Ă©coutĂ©e, il a pas Ă©teint la tĂ©lĂ©. Il sâest retournĂ© vers moi et il lorsquâil mâa vue avec le fusil, il a sautĂ© sur ses pieds. Jâai tirĂ© un coup dans la tĂ©lĂ©, qui a volĂ© en mille morceaux Il sâest mis Ă chialer comme un gosse. Il sâest mis Ă genoux, et jâai attendu un long moment. Il parlait, disait un tas de conneries sur lui et ma mĂšre, sur nous. JâĂ©coutais plus rien, ma tĂȘte bourdonnait, jâĂ©tais arrivĂ©e au maximum de ce que je pouvais endurer. Je lâai regardĂ©, si pathĂ©tique et jâai pensĂ© Ă ma sĆur, au lapin et je lâai haĂŻ. Je voulais parler, lui dire toute la haine que jâavais pour lui mais yâa rien dâautre qui est sorti, juste tâes un putain de salaud ». Alors jâai fermĂ© les yeux et jâai tirĂ© sur lui, une fois, deux fois, trois fois. Il sâest effondrĂ© sur le sol. Ca a fait un bruit sourd, parce quâil Ă©tait quand mĂȘme gros. Je suis tombĂ©e par terre, jâai lĂąchĂ© le fusil et je crois que je me suis Ă©vanouie. Ce sont des caresses sur mon visage qui mâont rĂ©veillĂ©e, jâai tout de suite pensĂ© Ă ma mĂšre. Mais câĂ©tait Doris. Elle pleurait. Ma petite sĆur Ă©tait Ă cĂŽtĂ© de moi, toute fraĂźche, toute propre. Jâai balbutiĂ©, jâai essayĂ© de parler de maman mais Doris mâa avouĂ© que câĂ©tait elle qui avait Ă©crit la lettre, pour nous rendre un peu heureuses, quâelle Ă©tait dĂ©solĂ©e et que maintenant on allait vivre chez elle, si on voulait bien. Ma sĆur voulait, elle rĂ©pĂ©tait oui, nouvelle maman, nouvelle maman ». Jâai pleurĂ© et je me suis rendormie dans ce lit propre et frais. Quand je me suis rĂ©veillĂ©e, jâai vu ma petite sĆur qui jouait avec un lapereau, que Doris avait dĂ» lui offrir. Elle mâa dit Tâas vu il est redevenu petit ! Jâai souri, elle a souri aussi et pendant un instant, on a tout oubliĂ© et on a Ă©tĂ© heureuses.SouscatĂ©gorie: Face-Negative. đ visage lĂ©gĂšrement mĂ©content. đ visage dĂ©concertĂ©. đ visage déçu. đ visage inquiet. đ€ visage avec fumĂ©e sortant des narines. đą visage qui pleure. đ visage qui pleure Ă chaudes larmes. đŠ visage mĂ©content avec bouche ouverte.
Aller au contenu Jusque oĂč iriez-vous pour louper lâĂ©cole ? Extait du film Le faisage dâEnfantillages », bonus vidĂ©o de lâĂ©dition collector de lâalbum dâAldebert Enfantillages » sorti le 27 octobre 2008. Jâai dĂ©couvert ceci sur le trĂšs bon Blog de Missmath. Câest un de mes futurs achats multimedia. En livret collector sur Amazon Navigation de lâarticle
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