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Vues 733 Lettre dâun poilu Ă sa femme La sentence est tombĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dâobtempĂ©rer. » Le 30 mai 1917 LĂ©onie chĂ©rie Jâai confiĂ© cette derniĂšre lettre Ă des mains amies en espĂ©rant quâelle tâarrive un jour afin que tu saches la vĂ©ritĂ© et parce que je veux aujourdâhui tĂ©moigner de lâhorreur de cette guerre. Quand nous sommes arrivĂ©s ici, la plaine Ă©tait magnifique. Aujourdâhui, les rives de lâAisne ressemblent au pays de la mort. La terre est bouleversĂ©e, brĂ»lĂ©e. Le paysage nâest plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranchĂ©es de premiĂšre ligne. En plus des balles, des bombes, des barbelĂ©s, câest la guerre des mines avec la perspective de sauter Ă tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lambeaux. Nous pataugeons dans la boue, une boue de glaise, Ă©paisse, collante dont il est impossible de se dĂ©barrasser. Les tranchĂ©es sâĂ©croulent sous les obus et mettent Ă jour des corps, des ossements et des crĂąnes, lâodeur est pestilentielle. Tout manque lâeau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal ravitaillĂ©s, la galetouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid Ă cause de la longueur des boyaux Ă parcourir. Nous nâavons mĂȘme plus de sĂšches pour nous rĂ©conforter parfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous rĂ©chauffer. Nous partons au combat lâĂ©pingle Ă chapeau au fusil. Il est difficile de se mouvoir, coiffĂ©s dâun casque en tĂŽle dâacier lourd et incommode mais qui protĂšge des ricochets et encombrĂ©s de tout lâattirail contre les gaz asphyxiants. Nous avons participĂ© Ă des offensives Ă outrance qui ont toutes Ă©chouĂ© sur des montagnes de cadavres. Ces incessants combats nous ont laissĂ© extĂ©nuĂ©s et dĂ©sespĂ©rĂ©s. Les malheureux estropiĂ©s que le monde va regarder dâun air dĂ©daigneux Ă leur retour, auront-ils seulement droit Ă la petite croix de guerre pour les dĂ©dommager dâun bras, dâune jambe en moins ? Cette guerre nous apparaĂźt Ă tous comme une infĂąme et inutile boucherie. Le 16 avril, le gĂ©nĂ©ral Nivelle a lancĂ© une nouvelle attaque au Chemin des Dames. Ce fut un Ă©chec, un dĂ©sastre ! Partout des morts ! Lorsque jâavançais les sentiments nâexistaient plus, la peur, lâamour, plus rien nâavait de sens. Il importait juste dâaller de lâavant, de courir, de tirer et partout les soldats tombaient en hurlant de douleur. Les pentes dâaccĂšs boisĂ©es, Ă©taient rudes .Perdu dans le brouillard, le fusil Ă lâĂ©paule jâerrais, la sueur dĂ©goulinant dans mon dos. Le champ de bataille me donnait la nausĂ©e. Un vrai charnier sâĂ©tendait Ă mes pieds. Jâai descendu la butte en enjambant les corps dĂ©sarticulĂ©s, une haine terrible sâemparant de moi. Cet assaut a semĂ© le trouble chez tous les poilus et forcĂ© notre dĂ©sillusion. Depuis, on ne supporte plus les sacrifices inutiles, les mensonges de lâĂ©tat major. Tous les combattants dĂ©sespĂšrent de lâexistence, beaucoup ont dĂ©sertĂ© et personne ne veut plus marcher. Des tracts circulent pour nous inciter Ă dĂ©poser les armes. La semaine derniĂšre, le rĂ©giment entier nâa pas voulu sortir une nouvelle fois de la tranchĂ©e, nous avons refusĂ© de continuer Ă attaquer mais pas de dĂ©fendre. Alors, nos officiers ont Ă©tĂ© chargĂ©s de nous juger. Jâai Ă©tĂ© condamnĂ© Ă passer en conseil de guerre exceptionnel, sans aucun recours possible. La sentence est tombĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camarades, pour refus dâobtempĂ©rer. En nous exĂ©cutant, nos supĂ©rieurs ont pour objectif dâaider les combattants Ă retrouver le goĂ»t de lâobĂ©issance, je ne crois pas quâils y parviendront. Comprendras-tu LĂ©onie chĂ©rie que je ne suis pas coupable mais victime dâune justice expĂ©ditive ? Je vais finir dans la fosse commune des morts honteux, oubliĂ©s de lâhistoire. Je ne mourrai pas au front mais les yeux bandĂ©s, Ă lâaube, agenouillĂ© devant le peloton dâexĂ©cution. Je regrette tant ma LĂ©onie la douleur et la honte que ma triste fin va tâinfliger. Câest si difficile de savoir que je ne te reverrai plus et que ma fille grandira sans moi. Concevoir cette enfant avant mon dĂ©part au combat Ă©tait une si douce et si jolie folie mais aujourdâhui, vous laisser seules toutes les deux me brise le cĆur. Je vous demande pardon mes anges de vous abandonner. Promets-moi mon amour de taire Ă ma petite Jeanne les circonstances exactes de ma disparition. Dis-lui que son pĂšre est tombĂ© en hĂ©ros sur le champ de bataille, parle-lui de la bravoure et la vaillance des soldats et si un jour, la mĂ©moire des poilus fusillĂ©s pour lâexemple est rĂ©habilitĂ©e, mais je nây crois guĂšre, alors seulement, et si tu le juges nĂ©cessaire, montre-lui cette lettre. Ne doutez jamais toutes les deux de mon honneur et de mon courage car la France nous a trahi et la France va nous sacrifier. Promets-moi aussi ma douce LĂ©onie, lorsque le temps aura lissĂ© ta douleur, de ne pas renoncer Ă ĂȘtre heureuse, de continuer Ă sourire Ă la vie, ma mort sera ainsi moins cruelle. Je vous souhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonheur que vous mĂ©ritez et que je ne pourrai pas vous donner. Je vous embrasse, le cĆur au bord des larmes. Vos merveilleux visages, gravĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon dernier rĂ©confort avant la fin. EugĂšne ton mari qui tâaime tant Source Autrement-Vue
Lettred'un poilu Ă sa femme. en 1917 , un poilu Ă©crit sa derniĂšre lettre Ă sa femme. Il va ĂȘtre fusillĂ© pour l'exemple SOURCE: 2018-12-11 Marseille : la lettre d'adieu d'un poilu remise Ă sa famille un siĂšcle pl. Le 18:18 : l'incroyable histoire de la lettre d'un poilu marseillais retrou . La police utilise Twitter pour enquĂȘter sur la lettre d'un poilu
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Plus de 4 millions subirent des blessures graves ...Mon avis touchant, bouleversant. Les soldats dĂ©crivent le quotidien de la guerre avec un sang froid extraordinaire. Certaines descriptions sont Ă peine croyables. Je le conseille vraiment, ces mots ont Ă©tĂ© Ă©crits dans la boue et l'horreur mais ils n'ont pas vieilli d'un jour. Brume crĂ©pusculaireMadame TotoroNombre de messages 521Age 43Localisation entre les rĂȘves et l'Ă©cume des vaguesDate d'inscription 26/12/2005Sujet Re Parole de poilus - lettres et carnets du front 1914-1918 Lun 1 Mai 2006 - 1545 Oui, je confirme, bouleversantes ces lettres ...Il y a quelques annĂ©es j'avais bossĂ© sur quelques lettres avec mes CM2 ... J'avoue que c'est une des seules leçon d'histoire qui l'ait intĂ©ressĂ©s ... j'avais choisi quelques lettres bien poignantes, deux d'entre elles les avaient interpellĂ© l'Ă©pisode oĂč les allemands tuent tous les blessĂ©s d'un hĂŽpital et les infirmiĂšres et un autre oĂč des soldats français sauvent des blessĂ©s allemands ... jujugStagiaire en bibliothĂšqueNombre de messages 57Localisation Saint Brice sous forĂȘt 95Date d'inscription 01/02/2006Sujet Re Parole de poilus - lettres et carnets du front 1914-1918 Lun 1 Mai 2006 - 1548 Citation Les soldats dĂ©crivent le quotidien de la guerre avec un sang froid extraordinaire. Certaines descriptions sont Ă peine croyables. Je le conseille vraiment, ces mots ont Ă©tĂ© Ă©crits dans la boue et l'horreur mais ils n'ont pas vieilli d'un jour. Je suis assez d'accord pour dire que cet ouvrage fait vivre largement mieux le thĂšme de la guerre 14-18 que tout autre ouvrage historique, ou du moins qu'il est un prĂ©alable indispensable si l'on veut un minimum comprendre la pĂ©riode. D'ailleurs, je m'en sers systĂ©matiquement dĂšs que j'aborde ce thĂšme en contre parler de sang-froid dans ce cas me paraĂźt inadaptĂ© la peur, le dĂ©couragement, la lassitude, le dĂ©sespoir, l'horreur des combats transparaissent dans chaque tĂ©moignage, certains s'adressent vraiment Ă notre ressenti, et s'il s'agisait de rĂ©daction de sang-froid, les textes seraient bien plus aseptisĂ©s. Dans la mĂȘme collection et sur un thĂšme diffĂ©rent, il y a Ă©galement '"paroles d'Ă©toiles" tĂ©moignages cinquante ans aprĂšs d'enfants juifs cachĂ©s pour Ă©viter les rafles pendant la seconde guerre mondiale. Ce n'est pas du tĂ©moignage Ă chaud comme pour les poilus mais c'est Ă©mouvant Ă©galement. jonkalakDouble daddyNombre de messages 2435Age 45Localisation Planet earthDate d'inscription 25/11/2004Sujet Re Parole de poilus - lettres et carnets du front 1914-1918 Ven 17 Nov 2006 - 1552 Je n'ai pas lu ce livre mais une petite intervention pour vous parler d'un projet trĂšs intĂ©ressant autour de ces Ă©ditions Soleil et France Inter ont entrepris d'adapter ces lettres au format BD. 20 lettres parmis les plus intĂ©ressantes ont Ă©tĂ© sĂ©lectionnĂ©es et confiĂ©es Ă 20 auteurs contemporains de bande dessinĂ©es pour une mise en le rĂ©sultat entre les mains et je ne manquerais pas de vous en parler quand je l'aurais en feuilletant un petit peu c'est dĂ©jĂ pas lettre est accompagnĂ©e d'un petit texte parlant de son auteur avec mĂȘme des photos parfois. Suit la mise en tout est vendu 14âŹ95 pour un album de 160 pages c'est pas si cher .Plus d'info ici avec en particulier la couverture et une planche. shenzyPrincesse aux petits de messages 3741Age 32Localisation somewhere over the rainbow...Date d'inscription 04/11/2004Sujet Re Parole de poilus - lettres et carnets du front 1914-1918 Mar 21 Nov 2006 - 2250 Je me disais bien qu'on en avait dejĂ parlĂ© de poilus. Citation Par contre parler de sang-froid dans ce cas me paraĂźt inadaptĂ© la peur, le dĂ©couragement, la lassitude, le dĂ©sespoir, l'horreur des combats transparaissent dans chaque tĂ©moignage, certains s'adressent vraiment Ă notre ressenti, et s'il s'agisait de rĂ©daction de sang-froid, les textes seraient bien plus aseptisĂ©s Je suis tout a fait d'accord avec toi, je n'y ai pas ressenti "un sang" froid mais une realitĂ© exposĂ© dans l'urgence. Un temoignage par moment qui ressemble a un dernier cri afin qu'on ne les oublie pas un peu comme les otages d'un avions qui ecrivent vite un dernier mot a leurs familles voyant le crash arriver a grand pas. Certains plien d'espoirs tentent de profiler un futur, d'autres n'y croient plus et puis l'expression de leurs douleurs, leurs desespoirs, leurs espoirs, et tout ce que la guerre a de plus horrible m'a profondement bouleversĂ©. C'est d'autant plus difficile a imaginer que nous n'avons pas connu la guerre et notre connaissance est celle de film ou de peu comme dans le journal d'Anne Franck, ces lettres etant veridiques nous plongent dans ce qu'a du etre l'horreur de ces hommes et imaginer en plus leurs familles les lire et souffrir avec eux est encore plus avoir Ă©tudiĂ© la condition des femmes dans tous les temps et dans tous les pays, je suis arrivĂ© Ă la conclusion qu'au lieu de leur dire bonjour, on devrait leur dire pardon"Alfred de Vigny Contenu sponsorisĂ©Sujet Re Parole de poilus - lettres et carnets du front 1914-1918 Parole de poilus - lettres et carnets du front 1914-1918 Page 1 sur 1 Sujets similaires» Paroles de poilus - Lettres et Carnets du front 1914-1918» Une aventure rocambolesque de..., de Manu Larcenet» Les carnets du Major Thomson de Pierre Daninos» Lettres anglaises - Olivier Barrot Bernard Rapp» Les lettres de mon moulin- Alphonse DaudetPermission de ce forumVous ne pouvez pas rĂ©pondre aux sujets dans ce forumLe Forum Des Lecteurs Forum Livre LittĂ©rature gĂ©nĂ©rale classification par genres Culture gĂ©nĂ©raleSauter vers
RACONTEMOI 14-18 Réponse à une lettre de poilu Par Thomas Ancement-Hallet - 29 avr. 2014 à 15:23 | mis à jour le 13 mai 2014 à 09:20 - Temps de lecture :
Je vous propose ici mon troisiĂšme chantier d'Ă©criture! Pour en savoir un peu plus sur la dĂ©marche de chantiers d'Ă©criture, c'est dans mon article ICI! Le projet ici est d'Ă©crire une lettre. Mais n'importe quelle lettre! Une lettre de poilu / une lettre pour un poilu! Le principe est celui d'un jeu de rĂŽle, chaque Ă©lĂšve va se voir attribuer une nouvelle identitĂ© grĂące aux cartes d'identitĂ© celle d'un poilu, ou celle d'un proche de poilu frĂšre, mĂšre, femme.... Chaque devra donc Ă©crire une lettre comme s'il vivait la guerre des tranchĂ©es, ou Ă l'inverse pour remonter le moral de son poilu de mari/frĂšre/fils. Les Ă©lĂšves entrent rapidement dans le projet et s'identifient facilement. Plusieurs outils leurs sont proposĂ©s les almanachs d'Ă©poque pour choisir une "vraie" date pour dater sa lettre, des cartes postales d'Ă©poque... L'immersion dans la PremiĂšre Guerre Mondiale est totale! Vous comprenez aisĂ©ment que cette sĂ©quence doit ĂȘtre menĂ©e suite Ă une sĂ©quence d'histoire sur la PremiĂšre Guerre Mondiale. Par ici les docs! Les documents pour l'enseignant Les cartes d'identitĂ© de poilus ou de proches de poilus Les documents Ă vidĂ©oprojeter exemples de vraies lettres de poilus Les grilles de rĂ©fĂ©rence Les almanachs d'Ă©poque, pour choisir une "vraie" date pour dater sa lettre Les cartes postales d'Ă©poques Les lignes pour Ă©crire sa lettre avec une Ă©criture horizontale et prĂ©sentant correctement sa lettre
Lettretype : Lettre d'un poilu. Recherche parmi 274 000+ dissertations. Par MiKLOF ⹠30 Septembre 2018 ⹠Lettre type ⹠453 Mots (2 Pages) ⹠386 Vues. Page 1 sur 2. 26 octobre 1916, Verdun. Chers parents, Je vous écris aujourd'hui sans la certitude de mon retour. A mon arrivé dans les tranchées, on m'a armé, moi un soldat de 1Úre
DissimulĂ©es dans un grenier, des lettres dâamour, rĂ©digĂ©es par un poilu de 14/18, ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es par hasard en Bretagne. Câest un tĂ©moignage inestimable ! Un petit bout dâhistoire et une preuve que lâamour et lâhumanitĂ© nâavaient pas totalement quittĂ© le cĆur des hommes, Ă une Ă©poque oĂč le monde traversait pourtant lâune de ses pĂ©riodes les plus sombres. Des lettres dâamour, Ă©crites sur le front par un soldat breton mobilisĂ© pendant la PremiĂšre Guerre mondiale, ont Ă©tĂ© retrouvĂ©es Ă Redon, une commune bretonne situĂ©e en Ille-et-Vilaine. Câest en rĂ©novant le grenier de son nouvel appartement quâun certain Maxime Le Roux a fait cette magnifique dĂ©couverte ! En pleins travaux dans les combles, ce dernier remarque en effet un paquet dissimulĂ© sous le toit et, gagnĂ© par la curiositĂ©, se dĂ©cide Ă en examiner le contenu. Il y dĂ©couvre dâabord une premiĂšre lettre datĂ©e dâavril 1916, Ă©crite par le caporal Jean Chapron Ă sa femme AurĂ©lie Guennec, lâamour de sa vie, quâil surnomme affectueusement sa Lolote chĂ©rie ». IntriguĂ© et touchĂ© par la plume du poilu, Maxime continue son exploration et met la main sur toute une correspondance qui, malgrĂ© lâusure du temps, tĂ©moigne de lâamour que le soldat portait Ă sa chĂšre et tendre, ainsi quâĂ sa fille Yvette. Il sâaperçoit ainsi que Jean a Ă©crit une lettre par jour Ă sa femme pendant les quatre annĂ©es du conflit avant, hĂ©las, de tomber au champ dâhonneur en juillet 1918, quelques mois seulement avant la fin de la guerre, le 11 novembre. Conscient du trĂ©sor quâil vient de retrouver, Maxime se met en tĂȘte de retrouver des Ă©ventuels descendants du couple, afin de leur remettre ces prĂ©cieux souvenirs de famille. Il dĂ©cide alors de publier une annonce dans un journal local et Ă son grand Ă©tonnement, cela va porter ses fruits puisquâun certain Yves Goujon va rapidement le contacter. Ce dernier nâest autre que le petit-fils du soldat disparu, qui ignorait tout de cette correspondance dâun autre temps. AprĂšs une brĂšve prise de contact, les deux hommes se sont rencontrĂ©s il y a quelques jours et Yves nâa pas pu cacher son Ă©motion en entrant dans la demeure qui lâa vu naĂźtre jadis et dans laquelle il nâavait plus mis les pieds depuis 50 ans. AprĂšs s'ĂȘtre imprĂ©gnĂ© des lieux, non sans une certaine nostalgie, il a reçu des mains de Maxime ces fameuses lettres qu'il gardera prĂ©cieusement comme des reliques. Une scĂšne trĂšs Ă©mouvante immortalisĂ©e par les camĂ©ras de nos confrĂšres de France 3. ConsidĂ©rĂ©e comme le premier conflit mondial, la Grande Guerre aura durĂ© 4 ans, 3 mois et 14 jours, entre le 28 juillet 1914 et le 11 novembre 1918. Par son intensitĂ© et son caractĂšre destructeur encore jamais vu, elle a profondĂ©ment marquĂ© les populations et entraĂźnĂ© des bouleversements gĂ©opolitiques majeurs, dont les ramifications ont en partie engendrĂ© la Seconde Guerre mondiale. Plus de 22 000 000 de personnes civils et militaires ont perdu la vie ou ont Ă©tĂ© portĂ©es disparues, lors de cette guerre abominable que beaucoup croyaient ĂȘtre la Der des der ». Mais c'Ă©tait sans compter sur l'histoire et la folie des hommes...
Lettresdâun artilleur blog (un-poilu-sans-histoire.over-blog.com) Les Ă©crits de Louis Lahoreau, artilleur lors de la PremiĂšre Guerre mondiale, soldat habitant de PoncĂ©-sur-le-Loir dans la Sarthe. La vie quotidienne au front et Ă lâarriĂšre et celle de sa famille Ă travers sa correspondance de 900 lettres et quelques photos dâĂ©poque.
La senÂtence est tomÂbĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camaÂrades, pour refus dâobtempĂ©rer. PenÂdant la PreÂmiĂšre Guerre monÂdiale, en France 2 400 poiÂlus » auront Ă©tĂ© condamÂnĂ©s Ă mort et 600 fusillĂ©s pour lâexemple, les autres voyant leur peine comÂmuĂ©e en traÂvaux forÂcĂ©s. Ces condamÂnaÂtions ont Ă©tĂ© proÂnonÂcĂ©es pour refus dâobĂ©issance, mutiÂlaÂtions volonÂtaires, dĂ©serÂtion, abanÂdon de poste devant lâennemi, dĂ©lit de lĂącheÂtĂ© ou mutiÂneÂrie en 1917. Cette estiÂmaÂtion de 600 fusillĂ©s pour lâexemple ne prend pas en compte les exĂ©ÂcuÂtions somÂmaires. Le PoiÂlu ne refuse pas de se battre mais il refuse dâattaquer Ă outrance. Ă Craonne, lors des sanÂglants assauts comÂmanÂdĂ©s par le gĂ©nĂ©Âral Nivelle, ce sont 30 000 hommes qui meurent en 10 jours et 100 000 sont blesÂsĂ©s. En 1918, en France comme chez les AlliĂ©s, on constate un dĂ©clin des exĂ©ÂcuÂtions. En effet, les comÂmanÂdeÂments miliÂtaires comÂprennent mieux lâĂ©tat menÂtal des solÂdats, les consĂ©Âquences du Shell-Shock », ce choc psyÂchoÂloÂgique proÂvoÂquĂ© par les condiÂtions de vie des solÂdats notamÂment sous les bombardements. AinÂsi, la lettre dâaÂdieu dâEugĂšne X tĂ©moigne de lâhorÂreur, fusillĂ© pour lâexemple, est dĂ©diĂ©e Ă son Ă©pouse et Ă sa fille Jeanne LĂ©oÂnie chĂ©rie Jâai confiĂ© cette derÂniĂšre lettre Ă des mains amies en espĂ©Ârant quâelle tâarÂrive un jour afin que tu saches la vĂ©riÂtĂ© et parce que je veux aujourdâÂhui tĂ©moiÂgner de lâhorÂreur de cette guerre. Quand nous sommes arriÂvĂ©s ici, la plaine Ă©tait magniÂfique. AujourdâÂhui, les rives de lâAisne resÂsemblent au pays de la mort. La terre est bouÂleÂverÂsĂ©e, brĂ»ÂlĂ©e. Le payÂsage nâest plus que champ de ruines. Nous sommes dans les tranÂchĂ©es de preÂmiĂšre ligne. En plus des balles, des bombes, des barÂbeÂlĂ©s, câest la guerre des mines avec la persÂpecÂtive de sauÂter Ă tout moment. Nous sommes sales, nos frusques sont en lamÂbeaux. Nous patauÂgeons dans la boue, une boue de glaise, Ă©paisse, colÂlante dont il est imposÂsible de se dĂ©barÂrasÂser. Les tranÂchĂ©es sâĂ©Âcroulent sous les obus et mettent Ă jour des corps, des osseÂments et des crĂąnes, lâoÂdeur est pestilentielle. Tout manque lâeau, les latrines, la soupe. Nous sommes mal raviÂtaillĂ©s, la galeÂtouse est bien vide ! Un seul repas de nuit et qui arrive froid Ă cause de la lonÂgueur des boyaux Ă parÂcouÂrir. Nous nâaÂvons mĂȘme plus de sĂšches pour nous rĂ©conÂforÂter parÂfois encore un peu de jus et une rasade de casse-pattes pour nous rĂ©chauffer. Nous parÂtons au comÂbat lâĂ©Âpingle Ă chaÂpeau au fusil. Il est difÂfiÂcile de se mouÂvoir, coifÂfĂ©s dâun casque en tĂŽle dâaÂcier lourd et incomÂmode mais qui proÂtĂšge des ricoÂchets et encomÂbrĂ©s de tout lâatÂtiÂrail contre les gaz asphyxiants. Nous avons parÂtiÂciÂpĂ© Ă des offenÂsives Ă outrance qui ont toutes Ă©chouĂ© sur des monÂtagnes de cadavres. Ces incesÂsants comÂbats nous ont laisÂsĂ© extĂ©ÂnuĂ©s et dĂ©sesÂpĂ©ÂrĂ©s. Les malÂheuÂreux estroÂpiĂ©s que le monde va regarÂder dâun air dĂ©daiÂgneux Ă leur retour, auront-ils seuleÂment droit Ă la petite croix de guerre pour les dĂ©domÂmaÂger dâun bras, dâune jambe en moins ? Cette guerre nous appaÂraĂźt Ă tous comme une infĂąme et inutile boucherie. Le 16 avril, le gĂ©nĂ©Âral Nivelle a lanÂcĂ© une nouÂvelle attaque au CheÂmin des Dames. Ce fut un Ă©chec, un dĂ©sastre ! ParÂtout des morts ! Lorsque jâaÂvanÂçais les senÂtiÂments nâexisÂtaient plus, la peur, lâaÂmour, plus rien nâaÂvait de sens. Il imporÂtait juste dâalÂler de lâaÂvant, de couÂrir, de tirer et parÂtout les solÂdats tomÂbaient en hurÂlant de douÂleur. Les pentes dâacÂcĂšs boiÂsĂ©es, Ă©taient rudes .PerÂdu dans le brouillard, le fusil Ă lâĂ©Âpaule jâerÂrais, la sueur dĂ©gouÂliÂnant dans mon dos. Le champ de bataille me donÂnait la nauÂsĂ©e. Un vrai charÂnier sâĂ©ÂtenÂdait Ă mes pieds. Jâai desÂcenÂdu la butte en enjamÂbant les corps dĂ©sarÂtiÂcuÂlĂ©s, une haine terÂrible sâemparant de moi. Cet assaut a semĂ© le trouble chez tous les poiÂlus et forÂcĂ© notre dĂ©sÂilluÂsion. Depuis, on ne supÂporte plus les sacriÂfices inutiles, les menÂsonges de lâĂ©Âtat major. Tous les comÂbatÂtants dĂ©sesÂpĂšrent de lâexisÂtence, beauÂcoup ont dĂ©serÂtĂ© et perÂsonne ne veut plus marÂcher. Des tracts cirÂculent pour nous inciÂter Ă dĂ©poÂser les armes. La semaine derÂniĂšre, le rĂ©giÂment entier nâa pas vouÂlu sorÂtir une nouÂvelle fois de la tranÂchĂ©e, nous avons refuÂsĂ© de contiÂnuer Ă attaÂquer mais pas de dĂ©fendre. Alors, nos offiÂciers ont Ă©tĂ© charÂgĂ©s de nous juger. Jâai Ă©tĂ© condamÂnĂ© Ă pasÂser en conseil de guerre excepÂtionÂnel, sans aucun recours posÂsible. La senÂtence est tomÂbĂ©e je vais ĂȘtre fusillĂ© pour lâexemple, demain, avec six de mes camaÂrades, pour refus dâobÂtemÂpĂ©Ârer. En nous exĂ©ÂcuÂtant, nos supĂ©Ârieurs ont pour objecÂtif dâaiÂder les comÂbatÂtants Ă retrouÂver le goĂ»t de lâoÂbĂ©isÂsance, je ne crois pas quâils y parviendront. ComÂprenÂdras-tu LĂ©oÂnie chĂ©Ârie que je ne suis pas couÂpable mais vicÂtime dâune jusÂtice expĂ©ÂdiÂtive ? Je vais finir dans la fosse comÂmune des morts honÂteux, oubliĂ©s de lâhisÂtoire. Je ne mourÂrai pas au front mais les yeux banÂdĂ©s, Ă lâaube, ageÂnouillĂ© devant le peloÂton dâexĂ©ÂcuÂtion. Je regrette tant ma LĂ©oÂnie la douÂleur et la honte que ma triste fin va tâinfliger. Câest si difÂfiÂcile de savoir que je ne te reverÂrai plus et que ma fille granÂdiÂra sans moi. ConceÂvoir cette enfant avant mon dĂ©part au comÂbat Ă©tait une si douce et si jolie folie mais aujourdâÂhui, vous laisÂser seules toutes les deux me brise le cĆur. Je vous demande parÂdon mes anges de vous abandonner. ProÂmets-moi mon amour de taire Ă ma petite Jeanne les cirÂconsÂtances exactes de ma disÂpaÂriÂtion. Dis-lui que son pĂšre est tomÂbĂ© en hĂ©ros sur le champ de bataille, parle-lui de la braÂvoure et la vaillance des solÂdats et si un jour, la mĂ©moire des poiÂlus fusillĂ©s pour lâexemple est rĂ©haÂbiÂliÂtĂ©e, mais je nây crois guĂšre, alors seuleÂment, et si tu le juges nĂ©cesÂsaire, montre-lui cette lettre. Ne douÂtez jamais toutes les deux de mon honÂneur et de mon couÂrage car la France nous a traÂhi et la France va nous sacrifier. ProÂmets-moi ausÂsi ma douce LĂ©oÂnie, lorsque le temps aura lisÂsĂ© ta douÂleur, de ne pas renonÂcer Ă ĂȘtre heuÂreuse, de contiÂnuer Ă souÂrire Ă la vie, ma mort sera ainÂsi moins cruelle. Je vous souÂhaite Ă toutes les deux, mes petites femmes, tout le bonÂheur que vous mĂ©riÂtez et que je ne pourÂrai pas vous donÂner. Je vous embrasse, le cĆur au bord des larmes. Vos merÂveilleux visages, graÂvĂ©s dans ma mĂ©moire, seront mon derÂnier rĂ©conÂfort avant la fin. EugĂšne ton mari qui tâaime tant 30 mai 1917
Parcequâil en reste lâessentiel : un magnifique et poignant message dâun pĂšre Ă son fils A vrai dire, cette lettre est universelle. Elle aurait pu ĂȘtre Ă©crite nâimporte oĂč, par nâimporte qui, Ă nâimporte quelle Ă©poque, le message quâelle dĂ©livre reste valable pour tout le monde : un vieux pĂšre en fin de vie a besoin de son grand fils, comme un jeune enfant a
Sur un sol nausĂ©abond Je tâĂ©cris ces quelques mots Je vais bien, ne tâen fais pas Il me tarde, le repos. Le soleil toujours se lĂšve Mais jamais je ne le vois Le noir habite mes rĂȘves Mais je vais bien, ne tâen fais pas⊠Les Ă©toiles ne brillent plus Elles ont filĂ© au coin dâune rue, Le vent qui Ă©tait mon ami Aujourdâhui, je le maudis. Mais je vais bien, ne tâen fais pas⊠Le sang coule sur ma joue Une larme de nous Il fait si froid sur ce sol Je suis seul, je dĂ©colle. Mais je vais bien, ne tâen fais pas⊠Mes paupiĂšres se font lourdes Le marchand de sable va passer Et mes oreilles sont sourdes Je tire un trait sur le passĂ©. Mais je vais bien, ne tâen fais pas⊠Sur un sol nausĂ©abond Jâai Ă©crit ces quelques mots Je sais quâils te parviendront Pour tâannoncer mon repos. Je suis bien, ne tâen fais pas ⊠Sandrine Davin
NaBQx2f. 12 425 145 480 61 205 343 232 414
lettre d un poilu Ă sa femme